
Du groupe Flex jusqu’à sa cavalerie en solo, BIC Tizon Dife célèbre cette année sa 25ᵉ année de carrière avec une discographie impressionnante de dix albums. Deux ans après Été en hiver, sorti le 21 juin 2023, l’artiste nous offre un nouvel opus : « Jibilan yon pawolye », un bijou de 13 morceaux où, comme à son habitude, il jongle avec les mots et délivre mélodieusement ses messages.
Le morceau d’ouverture, « Chèdepoul », met immédiatement l’eau à la bouche. Dédié à la gastronomie haïtienne, en particulier à nos traditions dominicales, il célèbre la convivialité et le plaisir de la table. Si pour les chrétiens le dimanche est consacré au repos et à la prière, en Haïti, les amateurs de bonne cuisine adopteront sans doute désormais cette phrase savoureuse de BIC : « Le dimanche, c’est le jour consacré à manger ti bèt a zèl. »
Sorti quelques jours avant l’album pour l’annoncer, «Leta Vs Ayiti » nous renvoie à ce BIC engagé qui ne manque jamais une occasion d’exprimer son ras-le-bol face au fossé grandissant entre les priorités des dirigeants haïtiens et les réalités vécues par la population. Un titre qu’il pourrait ranger dans le même registre que « Yon ti kalkil », dont un remix figure également sur l’album.
BIC chante l’amour
À l’instar de « Vini kòmè » sur l’album “Kreyòl chante, kreyòl konprann”, de « Ti Mari Bèl Gazèl » sur “Vokabi-lari”, ou encore de « Domino » sur “Recto-Vèso”, BIC n’exempte pas “Jibilan yon pawolye” de son côté romantique et charmeur. Les titres « Adrienne », « Tigidip » et « Anmorèz mwen » le témoignent.
Le premier, version remixée du classique de Tropicana, reprend l’esprit de la version originale tout en interrogeant les relations amoureuses à l’ère moderne. « Tigidip », dans la même veine, attire l’attention sur l’empressement et la superficialité des sentiments contemporains. Derrière son ton satirique et humoristique, ce morceau est présenté comme un comprimé miracle, vanté par un commerçant ambulant, dans un style typiquement haïtien.
Quant à « Anmorèz mwen », il met en scène un courtiseur déterminé, prêt à tout pour conquérir le cœur de celle qu’il aime. Sans forcer la main de l’élue, il affirme son désir sincère : « Se ou mwen vle pou anmorèz mwen », avant de lancer son « Pwen ba » révélateur d’une assurance sans faille.
Si l’envie vous prend de redécouvrir le poète qu’est BIC, plongez dans les notes-punch des titres « 2, 3 mo », « Vèsatil », « Ou pa t konnen » et « Elo elo ». L’un met en avant ses talents d’écriture, l’autre illustre la transversalité de son art; l’un invite sa « fan base » à mieux faire connaissance avec l’homme derrière la plume, et l’autre met en lumière la cohérence et la profondeur de son œuvre.
En plus de son costume de charmeur et de son ton vindicatif, BIC se fait aussi coach de motivation. Dans «Ensiswatil », il chante : “Jere antouraj ou, pa tire sou lonbraj ou, viv lavi a jan w swete l, si l pa plè entèl, ensiswatil “. Un morceau qui prêche l’amour de soi, la confiance et l’indépendance d’esprit, une véritable leçon d’estime personnelle et d’authenticité.
En outre, face à la dépravation des jeunes, BIC s’adresse directement à eux dans « Yon lèt pou ti jèn », une chanson écrite comme une missive ouverte à la jeunesse haïtienne. Il y met en lumière les défis, les responsabilités et les chemins possibles d’avenir. L’artiste interpelle cette génération : malgré les difficultés économiques, sociales ou morales, elle peut refuser l’enfermement et choisir d’agir avec conscience, dignité et intégrité pour construire un avenir différent.
Enfin, le titre « Jibilan yon pawolye » résume à lui seul l’esprit de l’album. « Jibilan yon pawolye se bilan 25 lane m blende, epi m fè yon ji avè l pou fanatik yo », confie BIC. Le morceau est à la fois un bilan et un remerciement : un élan de gratitude envers tous ceux qui ont contribué à sa carrière. À l’instar de « Youn nan yo » sur Vokabi-lari, il symbolise l’effet boomerang, ce retour d’énergie entre l’artiste et son public. « Efè boumrang nou voye m anlè, m redesann vin jwenn nou ». Aujourd’hui, BIC nous rappelle qu’il ne fait qu’un avec son public : « Moun adwat adwat nèt, moun agoch agoch nèt… tout nan do Tizon».
25 ans de carrière, 10 albums. BIC compte-t-il s’arrêter là ? À cela, il répond simplement : « BIC ap kanpe lè plim nan pa gen lank ankò ».
